7 février 2015

Grand Paris, grand projet inutile et imposé



COSTIF Coordination pour la Solidarité des Territoires d’Ile de France et contre le  Grand Paris 

Saclay, Gonesse, mais aussi La Défense, le port d’Achères, les villages Nature en Seine et Marne, la plaine Montjean, autant d’exemples de la concentration des richesses sur quelques pôles, pour réaliser des opérations immobilières, des projets de prestige, démesurés, en consommant de façon irréversible de l’espace naturel et agricole.

Alors que, selon une étude de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme, publiée en juin 2011, les disparités territoriales se creusent en Ile de France, les inégalités de revenus entre communes se renforcent, les plus riches se sont enrichies et les plus modestes ont le plus pâti de la crise entre 2000 et 2008, la stratégie du Grand Paris est fondée sur le développement de pôles d’hyper compétitivité pour concentrer davantage de fonctions supérieures de conception, d’actifs qualifiés, de flux de marchandises et de capitaux pour accentuer encore l’attractivité de l’agglomération au détriment des autres régions.
Alors que l’Ile de France est déjà la région la plus riche d’Europe, première destination touristique de la planète et avec 700 000 entreprises le deuxième pôle mondial d’implantation de grandes sociétés.
Alors que l’Ile de France concentre sur 2% du territoire français :
  • 21% des actifs
  • 23% des emplois,
  • 29% du PIB
  • 36% des cadres
  • 37% de la recherche publique
40 % des dépenses de recherche et développement (Hauts de Seine et Yvelines, hauts lieux de la recherche privée, secteur public très présent à Paris).
Et absorbe 42 % de la croissance démographique,
Saturation, fuite en avant, toujours plus, jusqu’où ira la démesure du Grand Paris ?

Pour mieux cerner les principaux enjeux, vous trouverez dans la rubrique Grand Paris   des points de repères sur les projets déjà annoncés, les menaces masquées, les fausses promesses de créations d’emploi et les mobilisations déjà en cours.

Comment les lois Notre et Macron redessinent (mal !) le visage des transports

Publié le  • Par  •

Alors que la loi de transition énergétique ne s'intéresse qu'au véhicule électrique, les projets de lois Notre et Macron transforment le paysage institutionnel et économique du transport, en conférant notamment aux régions un rôle central. Plusieurs dispositions relatives à l'ouverture des données ou au covoiturage ont également été glissées dans le texte présenté par le ministre de l’Économie.

Réforme territoriale : opération résurrection à l’Assemblée

Jean-Baptiste Forray | La Gazette le 06/02/2015
Entendus, ce mardi 3 février, par la commission des lois de l’Assemblée nationale, Marylise Lebranchu et André Vallini ont vanté le dispositif originel du projet de loi NOTRe. Ils ont particulièrement défendu le seuil de 20 000 habitants pour les intercommunalités, rejeté en première lecture par le Sénat.

Bolloré exempté de redevance d’occupation du domaine public

Recharge de voitures électriques : le projet de Bolloré reconnu de « dimension nationale »
Le projet "16K" du groupe Bolloré, qui prévoit d'installer 16.000 points de charge publics pour véhicules électriques et hybrides en France d'ici à 2019, a été reconnu de "dimension nationale", selon une décision publiée au Journal officiel ce vendredi 6 février.
Bolloré avait demandé la reconnaissance de la « dimension nationale » de son projet afin d’être « exempté de redevance d’occupation du domaine public » pour son projet représentant « un investissement de 150 millions d’euros sur quatre ans », avait indiqué Bercy début décembre.
Le projet « 16K » vise à « déployer jusqu’à 16.000 points de charge (…) sur près de 4.000 communes », réparties dans 94 départements des 22 régions de France métropolitaine, précise la décision de la ministre de l’Ecologie et de l’Energie, Ségolène Royal,

Grand Paris en grande couronne : les intercommunalités « XXL » divisent les élus

La Gazette   Emmanuel Guillemain d'Echon |  Publié le 05/02/2015
Après l’échec du giga-groupement autour de Saclay, les élus ont, le 5 février 2014, refusé le compromis porté par le préfet autour du projet de Grand Evry. La constitution d’un ensemble autour de Roissy suscite des interrogations.

6 février 2015

Recycler tous les emballages plastiques, c’est possible !

à voir sur Le Gorafi
Fruit de deux années de travaux préparatoires, la loi sur la transition énergétique, portée par Ségolène Royal et adoptée par l’Assemblée nationale à la mi-octobre, devrait être examinée en février 2015 par les sénateurs. Parmi les différents leviers d’actions de la loi, l’un d’entre eux prévoit de réduire de 50% la quantité de déchets mis en décharge d’ici 2025, de recycler 55% des déchets non dangereux et de favoriser l’énergie issue de la valorisation des déchets non recyclables.

4 février 2015

Laurent Mucchielli : « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? »

et lire le texte de Laurent Mucchielli sur son blog !

« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? » s’est demandé le sociologue Laurent Mucchielli après avoir laissé passer la vague des commentaires sur les attentats de janvier. Pour Regards, il précise son diagnostic de la crise de la société française

Directeur de recherches au CNRS et fondateur de l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS) à l’Université d’Aix-Marseille, Laurent Mucchielli a attendu une dizaine de jours avant de commenter les événements du début d’année et leurs conséquences. Dans le texte publié sur son blog, il articule sa réflexion autour de la question « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? », à la suite de laquelle il interroge différents aspects de la situation : politiques sécuritaires, guerres extérieures menées quasi clandestinement par l’État français, nature de l’information délivrée par les grands médias, conséquences du passé colonial de la France et rapport à l’immigration, processus de ghettoïsation, etc.
Néanmoins, c’est à se projeter dans l’avenir qu’il invite afin d’enrayer « les cercles vicieux de la stigmatisation et de la contre-stigmatisation » et la violence qui « naît de l’impossibilité d’exprimer autrement le conflit ». Pour cela, il invite à juger les discours et les actions de nos gouvernants « au regard de l’idéal d’une société offrant à chacun un minimum de place et d’existence sociales dignes ». Ce qui ne peut advenir sans « redonner du pouvoir politique à ceux qui en sont privés », à commencer par les habitants des quartiers populaires aujourd’hui « seuls, isolés, muselés ».

L'après-Charlie


l'article titre sur "l'apologie etc.," mais la circulaire vise aussi les actes racistes et l'article indique que la moitié des procédures concernent des actes anti-musulmans

Apologie du terrorisme : une circulaire demande plus de réactivité, plus de 50 procédures déjà ouvertes
La ministre de la Justice Christiane Taubira a demandé lundi 12 janvier aux parquets de faire preuve de "réactivité" et de "fermeté" envers les auteurs d'"apologie du terrorisme" ou de "propos et agissements racistes ou antisémites." La circulaire qu’elle a envoyée aux parquets semble faire effet : selon la Chancellerie, cinquante-quatre procédures judiciaires ont été ouvertes pour "apologie du terrorisme" et "menaces d'actions terroristes" depuis l'attentat à Charlie Hebdo la semaine dernière.
« Dans ces moments où la Nation doit montrer son unité, les propos ou agissements répréhensibles, haineux ou méprisants, proférés ou commis en raison de l’appartenance à une religion doivent être combattus et poursuivis avec la plus grande vigueur », affirme notamment la garde des Sceaux dans une circulaire sur « les infractions commises à la suite des attentats » de la semaine dernière, adressée lundi 12 janvier aux procureurs et procureurs généraux, ainsi qu’aux magistrats à titre d’information.

S’ils ne semblent pas être directement concernés par ce texte, nul doute que les élus locaux et policiers municipaux s’intéresseront particulièrement à cette intervention de la garde des sceaux. « Quelle que soit cette religion, ils portent atteinte à la cohésion nationale et justifient donc une attention particulière et une grande fermeté de la part des parquets et des parquets généraux », insiste-t-elle notamment dans sa circulaire.

Réactivité - La ministre souligne la multiplication « des attaques ou dégradations contre les lieux de culte, des atteintes aux biens ou aux personnes à raison de leur religion, des violences ou menaces à l’encontre des forces de sécurité, des propos racistes, antisémites, discriminatoires ou faisant l’apologie du terrorisme », depuis l’attentat contre Charlie Hebdo.
« Il importe » donc « que les parquets (…) fassent preuve d’une grande réactivité dans la conduite de l’action publique envers les auteurs de ce type d’infractions », poursuit Christiane Taubira en réclamant « une attention particulière » aux infractions commises par des « personnes incarcérées ». La ministre recommande qu’une « réponse pénale systématique, adaptée et individualisée soit donnée à chacun de ces actes » et que leurs auteurs soient poursuivis « avec rigueur et fermeté ».

54 procédures ouvertes - Selon la chancellerie, cinquante-quatre procédures judiciaires ont été ouvertes pour « apologie du terrorisme » et « menaces d’actions terroristes » depuis l’attentat du 7 janvier. A elle seule, l’apologie de terrorisme concerne 37 procédures et seule une menace, sur les 17 enregistrées, a donné lieu à une saisine du parquet antiterroriste, a-t-on précisé de même source.
Par ailleurs, sur la même période, quinze procédures ont été ouvertes pour des tags et dix pour des dégradations « par arme, incendie ou explosion » sur des mosquées et des lieux de cultes musulmans. Onze procédures ont été enfin ouvertes pour des tracts et des propos antimusulmans, 19 pour des infractions commises contre les forces de l’ordre et 14 pour des cyber-attaques, a-t-on précisé de même source.



Les procédures se répartissent selon la gravité des cas entre des enquête en cours, comme dans le cas du polémiste Dieudonné, des convocations devant un officier de police judiciaire, des comparutions immédiates ou des gardes à vue.


Apologie ou solidarité - Quelques condamnations ont déjà été prononcées. La plus importante concerne un homme de 34 ans condamné à quatre ans de prison ferme à Valenciennes (Nord) pour avoir fait l’apologie des frères Kouachi lors de son arrestation en état d’ivresse après un accident de voiture. « L’homme avait refusé de se soumettre à l’alcootest, était en état de récidive et l’accident avait causé des blessures involontaires », a précisé le ministère.
Parmi les autres condamnations, un jeune homme de 21 ans a été condamné à 10 mois de prison ferme lundi à Toulouse après avoir clamé, dans le tramway, sa solidarité avec les jihadistes qui ont tué 17 personnes la semaine passée à Paris. Un autre a été condamné à un an de prison, dont neuf mois avec sursis, pour « apologie du terrorisme » sur Facebook.

« apartheid » ? Un dossier de la Gazette

Quand les attentats bousculent les politiques de cohésion sociale

Dénonçant un « apartheid territorial, social et ethnique » dans les banlieues françaises, Manuel Valls a fait de la lutte contre la ségrégation l’une des principales réponses du gouvernement aux attaques des 7, 8 et 9 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo, des policiers nationaux et municipaux ainsi que des citoyens de confession juive dans un supermarché casher. Le gouvernement mobilise tous les acteurs de la politique de la ville et des politiques de cohésion sociale pour engager plusieurs chantiers : prévention de la radicalisation, amélioration de la transmission des valeurs républicaines et de la laïcité, généralisation des programmes de réussite éducative (PRE), réorientation des contrats de ville, etc. Sur le terrain, certains professionnels doutent de la capacité des politiques publiques à enrayer les inégalités sociales et territoriales et formulent leurs propres analyses et réponses à la crise provoquée par les attentats.
Sommaire du dossier
Mis à jour le 04/02/2015

26 janvier 2015

Où vivent les pauvres ? L’Insee infirme définitivement la thèse de la France périphérique

L’institut permet de quantifier ce qui relevait de l’évidence pour de nombreux observateurs :
les plus démunis vivent dans les communes les plus peuplées, là aussi où habitent les plus riches, et où les inégalités de revenus sont les plus grandes. 
Le tiers qui reste vit pour 17 % dans les communes périurbaines
pour 13,4 % dans les petites et moyennes agglomérations ou leurs communes proches (2) et 5,4 % dans les communes rurales isolées. La France périurbaine et rural ne regroupe qu’une minorité de personnes pauvres.

Nous avions montré à partir des données de l’Insee que 57 % des pauvres vivaient dans des communes de plus de 50 000 habitants et 21 % dans des communes rurales. Une partie de ces communes sont des territoires périurbains, parfois très proches des grandes villes.
Par ailleurs, une étude publiée fin 2014 indiquait que les revenus des 10 % les plus pauvres étaient plus de deux fois moins élevés dans les villes-centres que dans leur couronne périurbaine (4 400 contre 9 900 euros par an pour une personne).

Meilleure compréhension des zones de pauvreté - Ces nouvelles données offrent un nouveau découpage géographique du territoire, qui permet de lire encore plus finement la situation sociale du pays.
Les communes ne sont plus seulement réparties en fonction de leur taille ou de leur statut rural/urbain, comme c’était le cas auparavant, mais entre des aires urbaines composées de pôles et de couronnes périurbaines (en fonction de leur taille), ainsi que des communes rurales isolées (lire nos définitions). Cette distinction est importante : le rural périurbain n’a pas grand chose à voir avec le rural isolé.

L’importance de la pauvreté urbaine permet de situer les difficultés là où elles sont le plus. La pauvreté rurale des plus âgés existe, mais en quantité reste minime comparée à celle des jeunes qui vivent au bord des périphériques des grandes villes. La question est désormais d’aller plus loin. D’une part, en complétant ces éléments par d’autres, comme le chômage, la précarité ou les catégories sociales, ce qui permet de multiplier les éclairages.
Ainsi, la définition des contours de la politique de la ville par le seul critère monétaire pose de nombreux problèmes (3).
Le seul revenu résume mal les difficultés sociales, il rassemble par exemple des personnes âgées sans loyer à payer et des jeunes dont les besoins ne sont pas  équivalents. D’autre part, en allant mesurer les revenus de façon encore plus fine. L’essentiel se joue au sein des grandes villes du fait de la densité de population. D’ici la fin de l’année, l’Insee devrait publier des données sur les niveaux de vie (après impôts et prestations sociales) quartier par quartier : l’analyse des territoires devrait alors faire un bond en avant.

  Article initialement publié sur le site du Centre d’Observation de la société

Note 01 - Selon le découpage dit « zones en aires urbaines », plus précisément. Une aire comprend un pôle (ville centre et banlieue) et sa couronne périurbaine. Les aires sont définies en fonction du nombre d’emplois qu’elles regroupent, plus de 10 000 emplois pour une grande aire. - Retourner au texte
Note 02 - Ces dernières communes n'ont pas le statut de "périurbaines", mais leur habitat peut en être proche. Certaines sont rurales, d'autres urbaines. - Retourner au texte
Note 03 - Voir "Politique de la ville, la pauvreté en concentré", Observatoire des inégalités, 17 juin 2014. - Retourner au texte

Rythmes scolaires : élus et techniciens mécontents de voir le fonds de soutien lié au PEDT

Publiée le 1er janvier 2015, la nouvelle circulaire sur le projet éducatif territorial complète l’article 96 de la loi de finances, pérennisant le fonds de soutien aux collectivités. Désormais, les deux sont liés. Un mécanisme qui déplaît fortement aux communes. Dorénavant, toute commune désirant bénéficier du fonds de soutien, pérennisé par l’article 96 de la loi de finances, devra s’acquitter d’un projet éducatif territorial (PEDT). Environ 15 000 communes seraient concernées pour la rentrée 2015. 

24 janvier 2015

1944-2014 | 70 années d'habitat public en France

Laboratoire Urbanisme Insurrectionnel
indispensable pour comprendre comment se sont fabriqués nos logements et nos villes d'aujourd'hui


ci-dessous l'intro de cette brochure de 250 pages (avec beaucoup d'images ! ça se lit facilement…) :

70 années de politique de l’habitat depuis le premier Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme créé en 1944, ont fabriqué un système de pénurie permanente, un processus de reproduction des inégalités et de relégation spatiales dont les conséquences en 2014 irradient maints autres domaines de la société : crise exceptionnelle du logement touchant 10 millions de français, reléguant 3,5 millions de français dans des conditions de pénibilité résidentielle, 700.000 sans abri et très mal-logés dans les «zones grises» du logement (ces chiffres proviennent du rapport mal-logement 2014 de la Fondation Abbé Pierre), saturation des Centres d’hébergement et d’urgence, réapparition sous diverses formes de l’habitat précaire et de micro-bidonvilles, précarité énergétique, crise latente des quartiers dits «sensibles» irrésolue depuis 1981,

23 janvier 2015

Renaud Epstein : «On n’a jamais vraiment cherché à lutter contre les discriminations»


Pour le sociologue, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Nantes, utiliser le mot apartheid pour décrire l’état des banlieues « n’a aucun sens ».




Le mot apartheid qu’a utilisé Manuel Valls pour décrire l’état des banlieues est-il juste ?

Cela n’a aucun sens. L’apartheid est un régime politique, un système de racisme institutionnalisé inscrit dans le droit. Il n’y a rien de tel en France, où les discriminations sont de fait et non de droit. Même si d’autres l’ont fait avant lui, je suis extrêmement choqué d’entendre ce mot prononcé par celui qui, à la tête du ministère de l’Intérieur, avait réussi à faire capoter la seule mesure antidiscrimination proposée par le candidat François Hollande. Je parle des récépissés pour lutter contre les contrôles au faciès.
Pour votre part, quel constat faites-vous ?
Tout d’abord que le débat sur les quartiers populaires s’engage de la pire des manières, en partant de la dérive mortifère de trois individus. L’amalgame est d’autant plus absurde que les frères Kouachi ont passé leur adolescence en Corrèze ! S’agissant de la politique de la ville, toutes les données disponibles indiquent que l’objectif de mixité sociale qui lui est assigné depuis les années 1990, et plus nettement encore depuis 2003, n’a pas été atteint.
La spécialisation sociale et ethno-raciale des quartiers n’a cessé de se renforcer. Mais cette dynamique nationale s’accompagne de fortes variations en fonction des villes et des quartiers.
A Paris et dans certaines communes limitrophes, on assiste à des processus de gentrification qui contribuent à la mixité sociale recherchée, mais au prix de l’éviction des pauvres.
Plus encore, la question de la mixité ne devrait pas être posée à partir des cités, qui regroupent des populations d’origines et de conditions très diverses, mais des quartiers riches. Les vrais ghettos, ceux où on ne fait pas l’expérience de l’altérité, sont les quartiers riches.
Enfin, il faut rappeler que les vertus de la mixité sociale sont loin d’être établies scientifiquement, sauf à l’école où c’est un enjeu fort.

L’école a-t-elle échoué ?

Il n’y a pas faillite de l’école, mais de la société dans son ensemble. Nous sommes tous collectivement responsables. Qui ne cherche pas à scolariser ses enfants dans le meilleur établissement ? Nos comportements individuels produisent des situations que nous dénonçons ensuite collectivement dans la rue…

L’école a-t-elle assez compté dans la politique de la ville ?

L’Education nationale a toujours eu un comportement extrêmement protectionniste vis-à-vis de la politique de la ville. Elle a développé ses programmes d’éducation prioritaire à l’écart de cette politique portée par les autres acteurs, mairies, ministère de la Ville.

Qu’est-ce qui n’a pas encore été tenté ?

La France n’a toujours pas engagé de réelle politique de lutte contre les discriminations. Le faire supposerait qu’on se dote d’instruments spécifiques, comme les statistiques ethniques. 
En les refusant, on s’oblige à faire un détour territorial très grossier, en ciblant les quartiers de minorités. 
L’autre option qui mérite d’être approfondie est celle de l’empowerment, qui n’a été que timidement envisagée au début des années 1980. Il s’agit de s’appuyer sur la mobilisation des forces vives et des communautés des quartiers pour définir et mettre en œuvre des solutions qui ne relèvent pas que de l’assistanat. 
Jusqu’à présent, on a fait l’inverse, en cassant les mobilisations collectives des quartiers populaires toujours suspectées de communautarisme.






«Apartheid», terme-choc qui questionne les ségrégations de la banlieue

AFP

Peut-on parler d'«apartheid» dans les banlieues françaises? Au-delà de la polémique, les déclarations choc de Manuel Valls illustrent la ségrégation ressentie dans des quartiers qui se sentent les grands oubliés de la République.
A Bobigny (Seine-Saint-Denis) ce mercredi, beaucoup des passants ne sont même pas au courant des propos du Premier ministre. Mohamed, 32 ans, d’origine marocaine, s’emporte pourtant: «On a jeté les immigrés dans les cités comme si c’était une cage dans un zoo. Il y a moins de réussite scolaire ici, pas de travail... et une discrimination raciale.»
Le Premier ministre avait soulevé une vive polémique en parlant mardi d’un «apartheid territorial, social, ethnique» dans les banlieues.
Un terme qui ne fait pas l’unanimité: «Ces mots parlent plus aux tripes qu’à la raison, et ne favorisent pas une analyse posée», regrette Renaud Epstein, maître de conférence en sciences politiques à l’université de Nantes, qui réfute aussi le terme de «ghetto».
L’apartheid est un régime «dans lequel l’ensemble des lois et des politiques publiques sont régies par des principes de séparation définis sur des bases raciales. Ce n’est évidemment pas le cas» en France, note-t-il.
Avec un bémol: «On constate des pratiques discriminatoires du côté de certaines administrations, notamment dans la police», affirme-t-il, en donnant l’exemple des contrôles au faciès. «Ces discriminations ne sont pas inscrites dans le droit, mais dans les faits.»
Le dernier rapport de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) soulignait déjà les difficultés sociales dans ces quartiers: pauvreté trois fois plus élevée qu’ailleurs, illettrisme quatre fois plus important (12% en 2012), chômage à 24%...
- Préparer la ségrégation -
Lors de leurs recherche d’emploi, les jeunes des Zus disent cumuler plusieurs handicaps: rareté des offres (66%), manque d’expérience (58%), manque de réseaux professionnels (36%) et difficultés liées au lieu de résidence (9%).
Didier Lapeyronnie, prof de sociologie à La Sorbonne, n’hésite pas à parler de «ghettos». «Évidemment on n’est pas dans un régime d’apartheid, mais dans une société dans laquelle il y a une très forte ségrégation raciale, plus forte qu’on ne le pense», estime-t-il.
Et si le terme d’apartheid suppose une intervention des institutions pour créer cette ségrégation, «ce n’est pas totalement faux non plus», affirme-t-il, en pointant «les mécanismes qui continuent de préparer la ségrégation», notamment au niveau de l’école ou de la police.
Pour lui, le problème va plus loin: «On s’est rendu compte» lors de la minute de silence «qu’une partie de la population, notamment dans le domaine scolaire, n’était pas simplement victime de discrimination, mais avait le sentiment de ne pas appartenir à la même société».
Face à cette dichotomie, la politique de la ville semble à beaucoup sous-dimensionnée. Le deuxième volet de la rénovation urbaine vient d’être lancé avec 5 milliards d’euros de dotation sur dix ans, soit moitié moins que le premier plan. A cela s’ajoute la baisse des dotations de l’État aux collectivités locales (3,7 milliards d’euros en moins cette année) dont les associations de terrain craignent de faire les frais.
«Nous sommes aujourd’hui à un tournant décisif. Soit on continue à exclure, mettre à l’écart de la République, soit on décide d’un sursaut général», avertit Stéphane Troussel, président (PS) du Conseil général de Seine-Saint-Denis.
La tâche est immense, et suppose une action assumée. Pour Renaud Epstein, l’un des problèmes est que les politiques actuels sont «dans l’incapacité d’affronter frontalement les enjeux des discriminations qui sont intenses dans les banlieues», notamment parce qu’il y a une «grande peur d’être accusés d’en faire trop pour les quartiers, pour les Noirs et les Arabes».
Mais «on ne peut pas comprendre le problème en se focalisant sur les banlieues», car c’est aussi «à partir des beaux quartiers que se mettent en place les phénomènes de ségrégation, en repoussant les plus pauvres toujours plus loin».




« En finir avec les banlieues ? », sous la direction de Thomas Kirszbaum, éditions de l’Aube, janvier 2015

« En finir avec les banlieues ? », un ouvrage collectif sous la direction de Thomas Kirszbaum
Parler de la «  crise  » des banlieues suggère que nous ferions face à un problème provisoire dont il serait possible de venir à bout par un traitement adapté. Pourtant la leçon des historiens est claire : les banlieues sont depuis toujours aux marges de la ville, mais au cœur d’une question sociale, urbaine et politique en perpétuelle recomposition. Ce livre mêle des réflexions de jeunes chercheurs novateurs et de personnalités incontournables sur la question des banlieues. Dans une perspective à la fois historique et comparative avec d’autres pays européens, il essaie de faire évoluer un débat bloqué depuis trop longtemps. Car la croyance française d’une crise passagère alimente une constante désillusion sur l’efficacité de la politique de la ville.
Présentation sur le site des éditions de l’Aube


23 novembre 2014

Coût de la présidentielle et des législatives de 2012 : 604 millions d’euros selon un rapport

le  •
L'organisation de la présidentielle et des législatives de 2012 a coûté 600 millions d'euros, selon un rapport inédit du ministère de l'Intérieur cité par Le Parisien/Aujourd'hui en France dans son édition de jeudi 20 novembre.
Selon ce rapport « confidentiel » de l’inspection générale de l’administration (IGA) qui dépend du ministère de l’Intérieur, « le coût total de la présidentielle et des législatives de 2012 s’est élevé, pour l’Etat et les communes, à 604 millions d’euros … dont 70% à la charge du budget national », écrit le quotidien populaire.
« Les deux tiers des dépenses de l’État ont consisté en la « prise en charge des campagnes des partis », poursuit Le Parisien, notamment « la propagande officielle imprimée » (les professions de foi) qui en représente, à elle seule, « près de la moitié soit 203 millions d’euros ».
Les autres dépenses concernent, selon le rapport, l’établissement et la révision des listes électorales, l’organisation du vote par procuration (47,3 millions) ou celui des Français de l’étranger (16,6 millions d’euros).

Efficacité limitée du dispositif - Le rapport estime, en outre, que ce « dispositif d’organisation des élections est coûteux » et « d’une efficacité limitée car il ne facilite pas la participation à la vie démocratique », ajoute le Parisien qui cite parmi les dysfonctionnements « l’absence de fiabilité des listes électorales » et les « délais de livraisons » de ces listes qui expliquent, selon l’IGA, que ce système « offre à un nombre significatif d’électeurs la possibilité de voter deux fois ». « Il y en aurait plus de 500.000 à être dans ce cas, soit plus de 1% du corps électoral », écrit Le Parisien.
Le quotidien souligne que ce rapport, commandé par Manuel Valls quand il était ministre de l’Intérieur, « ne restera pas sans suite ». « Le ministère de l’Intérieur a prévu dans budget 2015 de mettre les feux sur la dématérialisation de l’organisation des élections en supprimant l’envoi des professions de foi par la poste au profit d’internet ». « Cette mesure, qui aurait permis d’économiser plus de 130 millions d’euros vient d’être retoquée par les députés et devrait subir le même sort de la part des sénateurs », déplore Le Parisien.

22 novembre 2014

Carhaix. Une rue portera le nom de Rémi Fraisse

Sur proposition du maire, Christian Troadec, le conseil municipal de Carhaix se prononcera le lundi 17 novembre sur la dénomination d’une rue au nom de Rémi Fraisse. 
Par cet acte, l'équipe municipale souhaite "rendre hommage au manifestant et à l’étudiant pacifiste qui a perdu la vie lors de la manifestation contre le barrage de Sivens dans le Tarn". 
La rue qui portera le nom de Rémi Fraisse est une voie communale reliant le terrain de rugby de Poulriou au pont de Poulriou. "Cette voie, située sur la zone de loisirs de Kerampuil, est un endroit fréquenté par la jeunesse, c’est un lieu de passage des festivaliers lors des Vieilles Charrues. Rémi Fraisse était un militant de leur génération", explique Christian Troadec.


Tensions au sujet de la rue Rémi-Fraisse

Lundi soir, les élus ont validé la volonté de rendre hommage au jeune homme mort lors d'une manifestation dans le Tarn. Ils vont désormais demander son accord à la famille de Rémi Fraisse.

 Les élus socialistes de « Carhaix autrement », par la voix de Corinne Jégou-Braban, se sont abstenus, jugeant cette décision « prématurée » car intervenant « trois semaines après son décès et seulement une semaine après son inhumation ». Pour eux, la famille doit être consultée. « Elle semble vouloir se recueillir dans l'intimité. Nous devons respecter ce temps de deuil et de la douleur. Nous vous demandons de repousser cette délibération à une date qui respecterait le choix de la famille. » 

« Nous proposons l'adoption d'une rue Rémi-Fraisse, à Carhaix, tout en précisant que l'accord définitif doit venir de la famille », a répliqué le maire. « Pourquoi ne pas attendre ? », a interrogé Corinne Jégou-Braban. « Parce qu'il faut d'abord qu'il y ait une proposition du conseil municipal. La famille nous dira si elle accepte ou pas ». 

Matthieu Guillemot * a alors pris la parole pour dénoncer ce qu'il a qualifié de « mensonge d'État » à propos d'un manifestant « tué par un gouvernement se disant de gauche ». 
Il s'en est ensuite pris à Louis Rouzic en rappelant des propos tenus en mars dans l'Est Républicain. L'élu socialiste avait qualifié Matthieu Guillemot de « bras armé » de Christian Troadec. 

« Je rappelle à Louis Rouzic que les mots ont un sens. Et lorsqu'un militant écologiste de 21 ans meurt tué sous la responsabilité d'un gouvernement socialiste, j'invite Louis Rouzic à chercher les bras armés dans sa famille politique », a-t-il lancé avant de demander une minute de silence en la mémoire de Rémi Fraisse. 
Le maire a donné son accord et l'ensemble du conseil municipal s'est levé et a respecté cette minute de silence. 


© Le Télégramme - Plus d’information sur http://www.letelegramme.fr/finistere/carhaix/conseil-premiers-vrais-debats-du-mandat-19-11-2014-10430282.php